Loi 27 et risques psychosociaux : ce que votre organisation doit faire

L’essentiel : depuis le 1er octobre 2025, tout employeur du Québec doit identifier, analyser et prévenir les risques psychosociaux au même titre que les risques physiques. Les mécanismes exigés — programme de prévention (20 travailleurs et plus) ou plan d’action (19 et moins) — doivent être en place au plus tard le 1er octobre 2026.

Qu’est-ce que la Loi 27 (LMRSST)?

La Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail (L.Q. 2021, c. 27), dite « Loi 27 », est la plus importante réforme de la santé-sécurité au travail au Québec depuis 40 ans. Sa nouveauté centrale : la santé psychologique est désormais protégée au même rang que la santé physique. Le Règlement sur les mécanismes de prévention et de participation en établissement, entré en vigueur le 1er octobre 2025, rend ces obligations concrètes pour tous les employeurs — peu importe la taille ou le secteur, dès un seul travailleur.

Qu’est-ce qu’un risque psychosocial au travail?

Un risque psychosocial (RPS) est un facteur lié à l’organisation du travail ou aux relations sociales qui peut nuire à la santé psychologique des personnes. La CNESST identifie notamment :

  • la charge de travail excessive et le stress chronique;
  • la faible autonomie décisionnelle (peu de latitude sur sa façon de travailler);
  • le manque de reconnaissance et le déséquilibre effort-récompense;
  • le faible soutien social des collègues ou des gestionnaires;
  • l’injustice organisationnelle (décisions perçues comme arbitraires);
  • le harcèlement psychologique ou sexuel et la violence en milieu de travail, incluant la violence conjugale ou familiale qui se manifeste au travail.

La Loi 27 les place au même rang que les risques physiques : ils doivent être identifiés, analysés, documentés et contrôlés — pas seulement « pris au sérieux ».

Ce que la loi exige, selon votre taille

20 travailleurs et plus : le programme de prévention

  1. Identifier et analyser les risques — physiques ET psychosociaux — de chaque établissement.
  2. Produire un programme de prévention écrit, avec mesures, responsables et échéanciers, mis à jour régulièrement.
  3. Mettre sur pied un comité de santé et de sécurité (CSS) paritaire, qui se réunit périodiquement.
  4. Désigner un représentant en santé et sécurité (RSS) parmi les travailleurs.
  5. Assurer la formation des membres du CSS et du RSS.

19 travailleurs et moins : le plan d’action

  1. Identifier les risques présents dans le milieu de travail.
  2. Produire un plan d’action écrit : mesures concrètes, sans la lourdeur du programme complet.
  3. Désigner un agent de liaison en santé et sécurité parmi les travailleurs.

Dans les deux cas : la démarche doit être écrite, faire participer les travailleurs, couvrir les risques psychosociaux, et être tenue à jour — la CNESST prévoit un suivi périodique, pas un dépôt unique.

Les dates à retenir

  • 2021 — Adoption de la Loi 27. Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) devient la première maladie psychologique bénéficiant d’une présomption au Règlement sur les maladies professionnelles : dans les conditions prévues, le travailleur n’a plus à prouver le lien avec le travail.
  • 1er octobre 2025 — Entrée en vigueur du régime permanent : les obligations de prévention, incluant les risques psychosociaux, s’appliquent à tous les employeurs.
  • 1er octobre 2026 — Date limite pour avoir les mécanismes en place : programme de prévention ou plan d’action, comité SST ou agent de liaison, selon votre taille.

Que risquez-vous en cas de non-conformité?

Trois niveaux de conséquences, du plus visible au plus coûteux :

  • Les sanctions directes. La CNESST peut émettre des avis de correction et des constats d’infraction. Les amendes prévues à la LSST partent d’environ 1 500 $ à 3 000 $ pour une première infraction générale, doublent puis quadruplent en cas de récidive, et atteignent six chiffres pour les infractions les plus graves.
  • La cotisation qui grimpe. Votre taux personnalisé CNESST suit votre historique de lésions. Chaque réclamation évitable finit sur votre facture — année après année.
  • Les réclamations elles-mêmes. C’est le vrai coût. Selon les statistiques de la CNESST, les débours moyens d’une lésion liée au harcèlement atteignaient 54 362 $ en 2024. Et avec la présomption TSPT, le fardeau de preuve s’est déplacé vers l’employeur pour les événements traumatiques.

Les chiffres qui montrent que le risque est réel

Les lésions attribuables aux risques psychosociaux ont augmenté de 71,4 % entre 2020 et 2024 au Québec (CNESST, Statistiques sur les risques psychosociaux liés au travail 2020-2024).

Les plaintes pour harcèlement psychologique ou sexuel déposées en vertu de la Loi sur les normes du travail ont atteint 6 817 en 2024, en hausse de 54,1 % en cinq ans (CNESST, même source).

Débours moyens d’une lésion liée au harcèlement en 2024 : 54 362 $, en hausse de 45,7 % depuis 2020 (CNESST, même source).

Autrement dit : la question n’est pas « est-ce que la CNESST va cogner à ma porte? », mais « combien me coûtera la première réclamation que je n’aurai pas prévenue? ».

Le piège le plus fréquent : l’exercice « une fois pour toutes »

La plupart des organisations produisent un document, le classent, et passent à autre chose. Or la loi demande une démarche continue : identifier, corriger, réévaluer, documenter — et pouvoir le démontrer. En cas d’inspection ou de réclamation, la CNESST ne vous demandera pas si vous avez un document; elle vous demandera vos analyses, vos mesures, vos suivis et leurs dates. Un plan figé de 2025 ne tient pas cette exigence en 2027.

C’est exactement le problème pour lequel Strategenia existe : la conformité RPS n’est pas un livrable, c’est une boucle d’amélioration continue — au même titre que le reste de la santé organisationnelle.

Par où commencer : la démarche en 5 étapes

  1. Établissez votre seuil. Comptez vos travailleurs par établissement : 20 et plus = programme de prévention + CSS + RSS; 19 et moins = plan d’action + agent de liaison.
  2. Identifiez les RPS avec les travailleurs, pas pour eux. La participation est une exigence légale — et vos gens savent où ça fait mal. Sondage anonyme court + discussion structurée par équipe.
  3. Priorisez selon la gravité et la fréquence. Tout ne se règle pas en même temps. Deux ou trois risques bien traités valent mieux qu’une liste de vingt vœux pieux.
  4. Documentez mesures, responsables et échéanciers par écrit. C’est ce document — programme ou plan — que la CNESST voudra voir, avec ses mises à jour.
  5. Fixez le prochain cycle avant de fermer celui-ci. Réévaluation aux 6 à 12 mois, intégrée à vos rencontres de gestion existantes. C’est ce qui distingue une démarche vivante d’un classeur mort.

Questions fréquentes sur la Loi 27

Qui est visé par la Loi 27 au Québec?

Tous les employeurs ayant au moins un travailleur au Québec, peu importe la taille ou le secteur d’activité. Seules l’ampleur et la forme des mécanismes varient selon que l’établissement compte 20 travailleurs et plus, ou 19 et moins.

Quelle est la date limite pour se conformer?

Les obligations s’appliquent depuis le 1er octobre 2025, et les mécanismes de prévention — programme de prévention ou plan d’action, comité SST ou agent de liaison — doivent être en place au plus tard le 1er octobre 2026.

Quelle est la différence entre un programme de prévention et un plan d’action?

Le programme de prévention (20 travailleurs et plus) exige d’identifier ET d’analyser les risques, avec comité SST paritaire, représentant SST et formation. Le plan d’action (19 et moins) est une version allégée : identification des risques, mesures écrites et agent de liaison, sans comité obligatoire.

Les risques psychosociaux couvrent-ils le télétravail?

Oui. La loi modernisée s’applique expressément au travailleur en télétravail. Surcharge, isolement, hyperconnexion et frontière travail-vie personnelle font partie des risques à considérer dans votre démarche, peu importe où le travail s’exécute.

Quelles amendes en cas de non-conformité?

Les amendes de la LSST partent d’environ 1 500 $ à 3 000 $ pour une première infraction générale et augmentent fortement en cas de récidive ou d’infraction grave. Mais le coût réel est ailleurs : hausse de la cotisation CNESST personnalisée et réclamations dont les débours moyens dépassent 50 000 $ pour les lésions liées au harcèlement.

Un document produit une fois suffit-il?

Non. La loi exige une démarche continue : identification, mesures, réévaluation et mises à jour documentées. En cas d’inspection ou de réclamation, c’est l’historique de la démarche que la CNESST examine, pas l’existence d’un document.

Strategenia intègre les risques psychosociaux dans le portrait complet de votre organisation — 13 domaines, 63 cellules — et garde votre démarche de prévention vivante d’un cycle à l’autre. Voir la démarche Loi 27 ou rejoindre la bêta.

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